« Les hommes ne naissent ni stupides ni fous : ils le deviennent ».
Ô combien cette parole de Condorcet semble d’actualité !
Quand on regarde l’état du monde, il y a vraiment de quoi penser que l’humanité est devenue stupide et folle, comme si elle était incapable de tirer les leçons du passé – lorsqu’on voit, par exemple, ressurgir au Chili l’ombre de Pinochet, les manifestations antimigrants à Londres, les extrêmes droites au pouvoir ou proches d’y accéder, les génocidés qui deviennent génocidaires, l’antisémitisme grandissant, le racisme bête et l’ordre moral qui préconise des régressions sociales – ou comme si elle était incapable de voir ce que demain lui annonce, restant aveugle à la destruction écologique et poursuivant, tête baissée, à scier la branche sur laquelle elle est assise.
Mais au-delà de cela, cette citation de Condorcet ne nous invite pas à nous enfermer dans le pessimisme ou à nous tourner vers une collapsologie désespérante. Car si l’humanité n’est ni stupide ni folle par nature, alors elle peut conserver son intelligence et sa raison.
On devient stupide et fou lorsque l’on baisse les armes de l’esprit face aux discours simplistes, sécurisants et faciles.
La première et la plus puissante des armes de l’esprit, c’est la conscience. Cette « voix de Dieu en nous », cette boussole essentielle qui nous empêche de nous égarer. Et cette conscience doit être libre. Libre de tout dogmatisme, de toute autorité, de toute limite. Elle doit regarder, analyser, comprendre et s’émerveiller du monde avec neutralité. La neutralité, c’est l’absence de toute vérité imposée, celle qui permet à toutes les vérités de pouvoir devenir la mienne si ma conscience la reconnaît comme telle.
C’est sans doute là l’idéal de la laïcité. La laïcité n’est pas uniquement un principe juridique qui sépare les Églises et l’État et garantit la non-ingérence de l’un sur l’autre. C’est aussi un principe philosophique et théologique qui garantit la liberté de penser, de croire et d’agir.
Si le premier devoir d’une République est de faire des républicains, c’est-à-dire des citoyens attachés au bien commun et désireux de grandir en tant que peuple dans la liberté, l’égalité et la fraternité, alors le premier devoir que nous avons, nous protestants libéraux et progressistes, est de faire des croyants libres et responsables.
Et là où certains voudraient voir la laïcité soit comme une exclusion du religieux, soit comme un affaiblissement de l’État au profit des religions, nous devons lutter et affirmer que la laïcité est un principe libéral qui permet à toutes et tous, croyants ou non, de marcher ensemble vers un même idéal.
Il est temps d’en finir avec les querelles d’un autre temps, et d’affirmer avec Gabriel Séailles : « Il faut qu’on puisse être athée sans passer pour un scélérat et croire en Dieu sans être traité d’imbécile. » l

